Le paradoxe de l’Omniscience.

Georgiana Houghton, The Eye of the Lord, 1 septembre 1870, aquarelle, gouache et plume sur papier collé sur une planche

Tu es Tout ce Qui Est – la Source – et tu es en même temps une conscience incarnée, humaine, qui éprouves des limitations. Si ta conscience est amnésique, si tu as partiellement oublié ta stature divine, c’est en raison de ces limitations. Elles te permettent d’offrir à la Source une chose unique : une perspective, située, singulière, créatrice de ses propres expériences. Pourquoi est-ce unique ? Parce que la Source est omnisciente. Elle sait tout sur tout, dans un éternel maintenant.

Mais son omniscience recèle un paradoxe. Si tu sais tout, tu ignores pourtant ce que ça fait de ne rien savoir – ou de savoir très peu. Tu sais tout en théorie, mais tu ne vis pas l’ignorance en pratique.

Or l’ignorance n’a pas que des défauts : elle est aussi un moyen d’en savoir davantage. Car l’ignorance permet la découverte – tu ne découvres rien si tu sais déjà tout. Elle permet l’apprentissage – tu n’apprends rien si tu sais déjà tout. Elle permet d’évoluer, d’explorer, de faire des rencontres, de vivre des surprises.

Voilà pourquoi la Source simule au dedans d’elle-même, dans sa propre totalité indivisible, un Jeu où elle peut goûter l’ignorance et ses fruits, en faisant comme si. Elle y étire des portions d’elle-même – ses fractales – pour qu’elles explorent toutes les possibilités offertes par ce Jeu.

C’est pourquoi tu es là, à danser sur la face de la terre. La Source vit en toi. Tu la pressens, tu la devines, puis tu l’oublies l’instant d’après. C’est un peu fait exprès. Elle veut voir par tes yeux, ressentir par ton cœur, aimer et créer par ton âme.

Tu es son adorable extension, non son enfant abandonné dans un monde hostile.

Le cordon ombilical n’a jamais été coupé.

Respire, mon ami ; la Source respire avec toi.


Illustration : Georgiana Houghton, The Eye of the Lord, 1 septembre 1870, aquarelle, gouache et plume sur papier collé sur une planche.


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