Comment l’Oubli de Notre Nature Divine Permet le Grand Jeu de l’Existence

Pour mener à bien son aventure libre et imprévisible dans cette matrice expériencielle, il importait que ta conscience ne se souvînt de rien : ni de son origine, ni de son identité véritable, ni de ses aventures parallèles (les fameuses « vies antérieures »). Il importait que ta conscience ignorât que l’état de séparation d’avec ce qu’elle Est (la Source) était strictement impossible. C’est pourquoi un voile d’oubli recouvre tes mémoires : cela te permet de vivre dans cette Simulation parmi d’autres « rêveurs » et de faire des expériences qui ne sont possibles que si tu as (provisoirement) oublié ton identité véritable.

Cette simulation est, somme toute, comparable à un grand théâtre où se jouerait une infinité de pièces imbriquées aux embranchements imprévisibles, dans lequel tes choix, en tant qu’acteur, influencent réellement le déroulement de l’histoire, même si la scène est une création conjointe de l’Esprit et de la Conscience. Une scène dont tu es finalement tout à la fois l’auteur, l’acteur et le spectateur. Tu es si profondément absorbé dans ton jeu que tu as oublié qu’il ne s’agit que d’une représentation. Les décors, les costumes et les dialogues — tout cela te semble d’une réalité si saisissante que l’idée même d’un artifice te paraît incongrue. Pourtant, derrière les coulisses se trouve ta vie véritable, attendant patiemment que tu te souviennes.

Dans ce grand théâtre, les domaines physiques sont semblables aux éléments matériels de la scène – accessoires tangibles, décors solides, costumes palpables et la structure même du théâtre avec ses contraintes architecturales.

Les domaines psychiques (causal, vibral, astral) correspondent à l’art dramatique lui-même — les émotions véhiculées (4), les rythmes et harmonies qui orchestrent l’action (5), et les visions portées par le texte et la mise en scène (6). C’est ici que résident l’intrigue, le sens et la beauté qui animent ta pièce et lui donnent sa cohérence.

Les domaines spirituels représentent les forces créatrices invisibles — la Conscience Source qui manifeste le Jeu (7), l’Esprit concepteur qui fixe les règles de la composition (8), et l’intention première de la pièce, la Volonté pure de la Source qui insuffle sens et direction à l’ensemble (9).

Ainsi, fraîchement débarqué dans ce nouvel acte de ton odyssée cosmique, tu as pu par moment te croire seul, séparé, insignifiant, perdu. Cette amnésie t’a permis d’adhérer à cette petite simulation locale jouée sur Terre, et de considérer cet environnement dense et physique comme la seule réalité. Tu as pu même pousser l’ignorance jusqu’à croire que la Terre était le seul endroit où la vie consciente et intelligente pouvait surgir, et ce par le pur fruit du « hasard ».

C’est là un véritable tour de force : ce dispositif d’oubli t’entraîne à croire, toi une extension de la Source, en une fausse identité selon laquelle tu n’es ni éternel ni infini. Tu te confonds avec l’interface qui te sert à explorer (ton corps), et tu t’imagines seul, isolé dans un monde où tu dois apprendre à vivre comme à survivre.

C’était néanmoins la condition pour que certaines expériences puissent se déployer : il te fallait adhérer à cette apparente séparation entre toi (logeant dans un corps) et le monde extérieur, pour que des décisions puissent être prises et que ce jeu puisse se dérouler.

Bref, pour que ce grand jeu théâtral fonctionne, la Source met en place un procédé remarquable : une amnésie volontaire. En franchissant le seuil des coulisses pour entrer en scène, tu as accepté – par contrat – de boire à la coupe de l’oubli. Cette amnésie temporaire n’est pas un accident mais une condition essentielle : pour jouer ton rôle de manière convaincante sur la scène du monde, ta conscience divine a accepté temporairement d’oublier sa véritable nature. Cette amnésie n’est ni totale ni destinée à durer. En toi subsistent des réminiscences – ces moments d’émerveillement inexpliqué, ces intuitions profondes, ces expériences de déjà-vu – comme si, au cœur même de ton jeu, tu entrevoyais fugitivement une identité plus vaste avant de replonger dans ton personnage. Ces éclairs de lucidité sont les fissures dans le voile de cette simulation qui te rappellent, l’espace d’un instant, que tu es bien plus que ce rôle que tu interprètes.

(Extrait d’un livre à paraître)

(Illustration – Les comédiens italiens, de Jean-Antoine Watteau)


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