
Ou lâon aborde la vision gnostique du monde et comment elle considĂšre le Dieu de lâAncien Testament comme un imposteur.
đź La Source et l’Usurpateur
Toute entitĂ© pouvant ĂȘtre situĂ©e quelque part dans le Multivers ou dans lâune de ses dimensions, ne saurait ĂȘtre confondue avec la divine Source primordiale, que les gnostiques nommaient ProarchĂ© (le Premier Principe).
IrĂ©nĂ©e de Lyon, dans son « Contre les HĂ©rĂ©sies », nous rapporte comment les gnostiques distinguaient cette Source ineffable du Dieu d’Abraham, qu’ils considĂ©raient comme un imposteur, vĂ©ritable figure tyrannique, dĂ©miurge malveillant responsable de la crĂ©ation de ce monde matĂ©riel obscur : Yaldabaoth.
đïž L’Origine du DĂ©miurge
DĂ©rivĂ© de yalda bahĂŽt (ŚŚŚŚ ŚŚŚŚȘ), ce nom signifie « enfant du chaos » ou « fils des tĂ©nĂšbres ». Hans Jonas, dans « La Religion Gnostique » (1958), rĂ©vĂšle sa possible origine aramĂ©enne, tandis que Gershom Scholem y voit la fusion de yaldÄ (gĂ©niteur) et abaoth (armĂ©es), donnant « gĂ©niteur des armĂ©es ». Jonas souligne que les gnostiques identifient souvent Yaldabaoth avec YahvĂ©, le Dieu de l’Ancien Testament. Cette identification reflĂšte une critique radicale des traditions juives et chrĂ©tiennes, en inversant les valeurs attribuĂ©es Ă YahvĂ© : il n’est pas vu comme un dieu bienveillant mais comme un usurpateur ignorant et oppresseur.
đ Les Textes RĂ©vĂ©lateurs

La découverte en 1945 de la bibliothÚque de Nag Hammadi a permis de mettre au jour plusieurs écrits majeurs exposant cette vision gnostique du monde et décrivant ce démiurge malfaisant.
Yaldabaoth y est dĂ©crit comme une erreur cosmique ; un coĂ»teux loupĂ© de lâIntelligence cosmique â la Sophia â qui lâengendra sans lâapprobation du PlĂ©rĂŽme divin. Ce dĂ©miurge, en se proclamant « seul Dieu », incarne Ă la fois lâignorance et lâarrogance.
Dans l’Apocryphon de Jean, considĂ©rĂ© comme la bible gnostique et conservĂ© en quatre versions coptes diffĂ©rentes (dans les codex II, III et IV de Nag Hammadi ainsi que dans le Codex de Berlin), la naissance de Yaldabaoth est dĂ©crite, sinon comme une erreur, du moins comme un excĂšs de crĂ©ativitĂ©, de la part d’une Ă©manation de la Source, Sophia, une sorte dâIntelligence Cosmique. Ce dĂ©miurge aveugle et fou serait le vĂ©ritable crĂ©ateur du monde matĂ©riel dense, lourd et obscur, dans lequel il exploite et emprisonne â Ă l’aide des archontes ses subordonnĂ©s â de pures Ăąmes renfermant en elles l’Ă©tincelle divine.
Dans l’Ă©crit l’Origine du Monde, le rĂ©cit de la GenĂšse est revisitĂ©. Dans une vision qui contraste fortement avec celle prĂ©sentĂ©e dans le TimĂ©e de Platon, oĂč le dĂ©miurge apparaĂźt comme un artisan cosmique bienveillant organisant harmonieusement la matiĂšre, le monde matĂ©riel est le fruit de l’aveuglement et de l’arrogance de Yaldabaoth : ce que la tradition judĂ©o-chrĂ©tienne prĂ©sente comme une « bonne » crĂ©ation est en rĂ©alitĂ© l’Ćuvre d’un ĂȘtre infĂ©rieur et trompeur.
Quant Ă l’Ă©crit L’Hypostase des Archontes, il dĂ©crit et dĂ©taille le rĂšgne des archontes, ces puissances infĂ©rieures mises en place par Yaldabaoth pour administrer le cosmos matĂ©riel. Comme l’a dĂ©montrĂ© Michel Tardieu dans « Trois mythes gnostiques » (1974), ces archontes sont au nombre de sept, chacun associĂ© Ă une planĂšte de l’astrologie antique, formant ainsi un systĂšme complet d’emprisonnement cosmique. Serviteurs du dĂ©miurge, ils maintiennent l’humanitĂ© dans un Ă©tat d’obscuritĂ© spirituelle. Au moyen de la connaissance (la gnose), l’homme est invitĂ© Ă se libĂ©rer de l’emprise des archontes et Ă se reconnecter Ă sa vĂ©ritable nature divine.

đ La RĂ©surgence Moderne
Cette tradition gnostique connaĂźt aujourd’hui un renouveau significatif Ă travers le courant nĂ©o-gnostique contemporain, particuliĂšrement enrichi par les travaux de John Lash dans « Not in His Image » (2006), oĂč il explore les enseignements gnostiques et paĂŻens anciens. Lash critique sĂ©vĂšrement les religions monothĂ©istes qu’il considĂšre comme ayant dĂ©truit les traditions spirituelles paĂŻennes et gnostiques. Selon lui, ces traditions cĂ©lĂ©braient une connexion sacrĂ©e avec la nature et favorisaient une comprĂ©hension directe (gnose) du divin.
En imposant une thĂ©ologie du salut basĂ©e sur la souffrance, le sacrifice, lâobĂ©issance Ă des rĂšgles extĂ©rieures, le patriarcat et la domination sur la Terre, les monothĂ©ismes ont conduit Ă l’aliĂ©nation spirituelle de l’humanitĂ© et Ă la destruction de son environnement.
Les Archontes, entitĂ©s dĂ©crites dans les textes gnostiques comme des forces extraterrestres ou spirituelles qui manipulent l’esprit humain, ont introduit des idĂ©es erronĂ©es dans les religions monothĂ©istes, notamment celle d’un dieu crĂ©ateur jaloux (le dĂ©miurge), pour dĂ©tourner l’humanitĂ© de sa vĂ©ritable connexion avec la Sophia divine.
Au-delĂ de cet auteur, le courant nĂ©o-gnostique voit dans ce monde une Prison, une Simulation-Matrice destinĂ©e Ă maintenir les Ăąmes enchaĂźnĂ©es dans un cercle de renaissance sans fin et Ă exploiter leur loosh, leur divine Ă©manation, spoliĂ©e et servant de nourriture aux dĂ©miurges et leurs minions. Les rĂ©cits de films comme Matrix ont contribuĂ© Ă populariser cette vision gnostique d’un univers matĂ©riel illusoire créé pour contrĂŽler et exploiter l’humanitĂ© (les archontes Ă©tant reprĂ©sentĂ©s par des machines). Cette perspective trouve un Ă©cho particulier dans les thĂ©ories contemporaines sur un Monde Ă la fois simulation et prison, dĂ©veloppĂ©es par des auteurs comme Wes Penre, David Icke, et Robert Monroe, qui actualisent Ă leur maniĂšre l’ancienne sagesse gnostique.
đ§ââïž Conscience et LibĂ©ration
La gnose dâaujourdâhui, comme celle dâhier, tâinvite Ă reconnaĂźtre ta vĂ©ritable nature au-delĂ de cette matrice illusoire. Elle suggĂšre que la conscience de ton emprisonnement constitue la premiĂšre Ă©tape vers ta libĂ©ration.
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