
L’État, en totale roue libre et sans réels contre-pouvoirs, resserre davantage son étreinte sur tes libertés individuelles. Jamais à court d’arguments, il se sert de divers prétextes – écologie, santé, sécurité – pour repousser toujours plus loin dans ton intimité son domaine d’intervention, s’arrogeant un droit de regard sur tes opinions, la conduite de ta vie, tes décisions de santé, l’éducation de tes enfants ou la façon dont tu dépenses ton argent. Face à son emprise croissante, maintenir une attitude positive et non-violente constitue un défi majeur.
Comment défendre ta liberté tout en restant fidèle à ton aspiration à vivre en paix et honorer toute vie ?
Alors que la situation semble exiger de t’engager dans des luttes, de résister et de lever ton poing face aux ambitions totalitaires de l’Etat, cette question interroge ton aptitude à refléter ta nature divine foncièrement aimante en contexte hostile, à transcender le cycle de la violence sans pour autant devenir victime ou complice du pouvoir institué. Elle t’invite à marcher sur un fil ténu, à harmoniser ton attitude intérieure avec tes actions extérieures concrètes, à repenser ton rapport au pouvoir afin de trouver un moyen de le neutraliser sans violence.
1. L’innocuité bienveillante
« En présence de celui qui est établi dans la non-violence, toute hostilité cesse. » Yoga Sutras (II.35), Patanjali
La tradition védique t’enseigne une non-violence holistique qui ne se limite pas à l’action physique, mais s’étend aussi à la communication, la raison et la pure pensée. Il n’est pas tant question de t’abstenir de nuire que d’exprimer en tout domaine et en toute circonstance ta nature aimante.
En honorant l’autre comme tu voudrais qu’il t’honore, en t’établissant dans la paix en pensée, en parole et en acte, tu deviens une force capable de transmuter toute adversité. Cette cessation des hostilités en ta présence repose sur l’idée que tes chakras supérieurs émettent des ondes vibratoires influençant directement ton environnement et ton entourage. C’est ainsi que tu peux apaiser des dynamiques conflictuelles sans recourir à une confrontation directe, via ta simple présence apaisée et apaisante, irradiant des vibrations de paix et désamorçant subtilement les conflits alentour.
T’établir dans la non-violence – par un travail intérieur – devient ainsi un service rendu au collectif, un service divin. Mais vibrer la paix suffira-t-il à transformer le monde et à faire disparaître les systèmes coercitifs ? Beaucoup, dans les sphères célestes, affirment que cela suffira à faire basculer le monde ; d’autres – plus terre-à-terre – réclament des actions plus concrètes.
Or, face aux nombreux obstacles posés par l’État et ses différents leviers de contrôle, que peux-tu faire concrètement pour changer le monde sans attirer son attention ni déclencher sa violence ?
2. Non-coopération créatrice ou désobéissance fertile
Discrétion
Ne pas coopérer avec une dynamique d’oppression est un devoir sacré. Cependant, lorsque cette coopération est décrétée obligatoire, y désobéir frontalement, en se donnant en spectacle, suscitera l’ire des autorités, lesquelles jetteront leurs limiers sur le citoyen récalcitrant.
Cette désobéissance, pour être fertile et susciter des vocations, se doit d’être discrète, diffuse, insignifiante au premier regard. Nulle graine ne saurait prendre racine et se développer si elle était jetée en pleine lumière, sous le nez de granivores affamés ; elle a besoin de se recouvrir d’humus et de croître dans l’ombre, hors des grands chemins de passage.
La désobéissance fertile doit avoir l’air de rien pour se propager partout. Elle a un devoir d’humilité, non seulement par conviction morale, mais par intelligence stratégique.
Retrait
Un système d’oppression a besoin d’agréger des forces, de susciter l’adhésion du plus grand nombre, de faire de chaque individu un agent qui puisse étendre son domaine d’application. Il s’agit donc, a minima, de te retirer – par le corps, la parole et la pensée – des structures et dynamiques qui perpétuent la violence systémique. Cela te demande d’identifier ces structures et de suspendre complètement ta participation à celles-ci.
Déploiement, détournement et réappropriation
Réoriente ton attention et ton énergie vers le déploiement d’espaces libres et libérateurs – mouvants, impromptus, non planifiés, non hiérarchisés – au sein desquels des alternatives positives et vivantes pourront émerger et se transmettre.
Réapproprie-toi l’espace et transforme le négatif en positif. Le mur qui sépare deviendra, par exemple, une façade où chacun s’exprime ; un écran de projection pour diffuser un documentaire présentant des solutions ; un espace de petites annonces pour troquer et échanger. Tout devient possible.
Qu’il s’agisse d’inventer un modèle économique alternatif, une structure éducative, un embryon de communauté ou un mode de gouvernance, il s’agit toujours de dépasser la contestation stérile – qui ne fait que nourrir le système contesté – pour canaliser ton attention et ton énergie créatrice vers des propositions positives, discrètes, subversives, simples et bénéfiques pour chacun.
3. Non-opposition ludique et évolutive
Cette dernière approche s’inspire des arts martiaux internes comme le Tai Chi Chuan et l’Aïkido, où tu te sers de la force de l’adversaire pour le déséquilibrer. Tel un cours d’eau qui contourne l’obstacle sans perdre sa direction, tu vois l’obstacle comme une opportunité de détour inventif.
Au lieu de combattre frontalement le pouvoir, il s’agit de jouer avec lui en explorant ses contradictions internes pour en révéler l’absurdité ou l’inefficacité. Cette stratégie repose sur ta compréhension fine des mécanismes psychologiques qui sous-tendent les rapports de force. Elle implique que tu saches lire intelligemment les énergies en présence, afin de transmuter leurs contraintes en opportunités de croissance.
Face aux instances administratives, développe l’art de trouver des réponses déstabilisantes, alternatives, non violentes, non académiques et imprévisibles. La coercition n’est plus perçue comme un mal à combattre mais comme un élément avec lequel danser, composer. Ainsi l’indignation contre les injustices cède la place à la réflexion créatrice ; la peur se transforme en une invitation à innover et à composer une stratégie.
La contrainte étatique t’invite à cultiver la souplesse plutôt que la rigidité, à développer une lecture subtile des situations – tant intérieures qu’extérieures – pour affiner ta capacité à répondre de manière créative. Reste maître du jeu plutôt que victime des circonstances, préserve ton énergie vitale et maintiens une perspective élevée et enjouée même dans l’adversité.
Cette approche confère une dimension de légèreté et de joie à ce qui pourrait autrement devenir une lutte épuisante. En traitant l’obstacle ou la contrainte comme une opportunité de jouer et de croître, tu transformes ta relation à l’adversité. Elle constitue ainsi le troisième pilier aux côtés de la non-violence active et de la désobéissance fertile, formant une trinité complète de réponses spirituelles non-violentes aux défis posés par cette période de transition.
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