Le Seigneur Krishna dit : bien vaine est ta langueur.
Le sage n’a point de peine : son âme est éveillée.
Les vivants, les défunts, ne sont point à pleurer :
Se lamenter ainsi ne leur fait point honneur.
*
Jamais il n’y eut d’âge où Je n’existais pas.
Jamais à l’avenir, ni pour toi, ni pour Moi
Ni pour tous ces grands rois, il n’existera d’âge
Où nous cesserons d’être. Retiens bien cet adage :
*
De même qu’on abandonne un habit tout usé ;
De même l’âme transite – pour sa longue traversée –
D’une enveloppe à une autre, d’un vieux corps tout froissé
À un corps tout récent, dans les langes enveloppés.
*
Éphémères et fugaces, toutes nos sensations
Vont et viennent à loisir, et passent comme les saisons.
Endure-les patiemment, ne laisse pas les douleurs
Aveugler ta raison ou affecter ton cœur.
*
Qui devant l’affliction sait rester impassible ;
Indifférent à tout, le cœur inamovible,
Qui parmi les plaisirs demeure inaffecté ;
Qualifiera son âme à la vraie liberté.
*
Qui saisit la nature de l’être et du non-être
Comprend que l’un demeure tandis que l’autre fuit.
Clairvoyant est celui qui dépasse le paraître :
Il fait preuve ici-bas d’une sagesse accomplie.
*
Le Soi qui imprègne l’univers tout entier,
Rien au monde ni personne ne peut l’éradiquer.
Seul le corps peut périr, mais l’Âme est immortelle :
Rien ne saurait blesser sa nature éternelle.
*
C’est pour cette raison, Arjuna mon ami
Que tu dois te lever et vaincre tes ennemis.
Celui qui croît que l’Âme, peut mourir ou tuer
N’a pas du tout saisi ces fines subtilités.
*
Du Soi, il ne sait rien. Droit dans ses certitudes,
Il manque le chemin de la béatitude.
Le Soi est sans début, sans naissance et sans mort.
Impossible pour lui de mourir comme le corps.
*
Primordial, éternel, il est indestructible :
Comment – ô Arjuna – peux-tu en faire ta cible ?
Comment peux-tu penser que tu pourrais l’occire ?
*
Comme tu ôtes tes haillons pour des habits nouveaux
Le Soi change de maison. Nulle épée, nul bourreau,
Aucune calamité ne saurait le détruire.
*
Rien ne peut l’atteindre, rien ne peut l’ébranler,
Ni le Feu, ni la Terre, ni le Vent, ni l’armée.
Il est intemporel, en paix, parfait et partout.
Tes scrupules, cher ami, ne veulent rien dire du tout.
Laisser un commentaire