Comment je fus réveillé – abruptement – du rêve matriciel

A l’époque où j’étais étudiant, je vivais à Paris et partageais mon temps entre la pratique du yoga et la préparation des concours. Je naviguais entre un ashram sur la rive droite et le Quartier latin sur la rive opposée. Petit à petit, des phénomènes spirituels, plutôt lumineux, commencèrent à s’immiscer dans ma vie. J’effectuais quelques sorties astrales pas bien méchantes, faisais quelques rêves lucides, et entendais parfois, au moment du réveil, une voix subtile, féminine et douce, d’une netteté troublante, qui disait m’aimer.

Un jour, je sentis, à défaut de voir, des êtres de lumière débarquer avec grande puissance et en grand nombre sur le plan éthérique de ma chambre de bonne où, fort heureusement, je vivais seul.

Je vécu alors une expérience intense, capitale, qui me marqua à jamais.

Ils me firent expérimenter une série de visions, rendues possible par une technologie éthérique dépassant ma compréhension. Ces visions n’étaient pas extérieures, elles n’étaient pas projetées comme un film sur un écran, mais vécues et ressenties comme un tout dont je faisais partie.

J’étais entièrement immergé dans des scènes variées, non comme un spectateur, mais comme un acteur central. Chaque détail – sensations tactiles, sons, couleurs, et même les émotions – s’animait selon un scénario prédéfini. Un flux narratif audible, perçu par clairaudience, commentait sobrement chaque scène.

Cette irruption soudaine de l’invisible dans ma réalité fut un choc. Je découvrais l’existence de dimensions subtiles, voilées à mes sens ordinaires, où se déployait une technologie à la fois avancée et spirituelle.

Cette technologie semblait dédiée, en cet instant, à m’immerger dans des scènes holographiques multidimensionnelles. Il fallut d’ailleurs au préalable que je me tinsse immobile une bonne vingtaine de minutes, le buste bien droit, pour qu’ils pussent la fixer sur ma propre structure éthérique. Je percevais distinctement un bruit de vibration, extrêmement aigu, mais un peu étouffé, semblable à celui de ces petites perceuses de précision qu’utilisent les dentistes, et je ressentais çà et là de légers picotements, mais aucune douleur. On me préparait à enfiler une combinaison de réalité augmentée, ou un truc du genre.

Une fois ce dispositif subtil en place, je vécus différentes scènes à contenu mystique, chacune riche en révélations. Dans l’une d’elles, j’incarnais la Conscience Source. Je ressentais son infinie tristesse lorsque certaine de ses extensions – des âmes – choisirent de s’aventurer au-delà d’une certaine limite. Je tentais de les retenir, les suppliant de rester, le cœur déchiré de les voir se plonger dans des zones de pénombre et de confusion.

Dans la scène suivante, on me dévoila l’existence de ce qui tapissait dans ces zones à basse fréquence. Ils me montrèrent des entités assez monstrueuses, ainsi que leur mode de fonctionnement. Elles étaient pourvues de milliers de tentacules, dont chacun venait pomper l’énergie qui s’échappait de mes chakras majeurs et mineurs. Leur voracité semblait insatiable. Je vous laisse imaginer la scène. Je précise, pour l’anecdote, que cette expérience se déroula avant la sortie du film Matrix.

Lorsque tout cela prit fin, je tombai des nues. Ma vision du monde, construite sur des bases empruntées à l’école, à la société, aux médias, mais aussi à mes propres études en science, en histoire & en philosophie, s’effondra entièrement.

Rien de ce que j’avais appris ne faisait mention de ces dimensions subtiles, invisibles mais manifestement influentes. Ni la science, ni la philosophie ne semblaient les reconnaître, encore moins les étudier.

Mon ancien monde était en ruine : c’était comme si la mégalopole qui regroupait mes différents savoirs avait été soufflée par une explosion. Le seul édifice qui tenait encore debout était une porte étroite où se lisait, gravé en lettres dorées, « Spiritualité et Mystique ».

Hagard, affamé de vérité, je franchis cette porte sans jamais me retourner.


Laisser un commentaire